Histoire d'un retrait forcé

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Hillary Clinton a en réalité été soumise à la pression des cadres du Parti Démocrate la semaine dernière : ce sont eux qui l'on forcée à jeter l'éponge.
Si l'on observe attentivement la chronologie des événements, elle n'avait pas l'intention de se retirer le 3 juin, soir des deux dernières primaires. Or, trois jours après, elle reconnaissait sa défaite et se ralliait à Barack Obama.
Que s'est-il passé en l'espace de soixante-douze heures, qui puisse expliquer un tel revirement incompréhensible pour bon nombre de ses électeurs ?

Le soir du trois juin, Hillary Clinton venait de remporter avec brio la primaire du Dakota du Sud, et célébrait cette victoire de manière enthousiaste. Terry McAuliffe, l'un de ses directeurs de campagne, l'introduisit sur scène en l'appelant "the next president of the USA", preuve qu'à cet instant, elle et son équipe pensaient encore que tout était possible. Et pourtant, depuis le début de la soirée électorale, tous les grands networks américains, ignorant le résultat de cette dernière primaire, s'enthousiasmaient : "Obama clinches nomination !", présentant cet événement comme historique : le premier Afro-américain à obtenir l'investiture de l'un des deux grands partis.
En fait, cette victoire avait été acquise au cours de la journée, non pas grâce à une bataille électorale, mais en raison de multiples ralliements de superdélégués, qui s'étaient décidés au tout dernier moment, alors que depuis des mois, ils refusaient de prendre position...

Ce sont les dirigeants du Parti, comme Howard Dean, ou les deux leaders Démocrates au Congrès, Nancy Pelosi et Harry Reid, qui faisaient pression depuis plusieurs jours sur tous ces indécis, ayant décidé qu'il était temps d'en finir et de sonner la fin de la partie pour Hillary.

Les superdélégués, dont beaucoup sont élus au Congrès, s'inquiétant pour leur réélection en novembre, s'ils ne suivaient pas la ligne officielle de leur Parti, n'eurent donc pas d'autre choix que de se rallier au sénateur de l'Illinois ce soir-là, même s'ils continuaient de douter qu'il était réellement capable de remporter la victoire face à John McCain.

Pendant ce temps-là, Hillary Clinton, qui elle ne voyait que les chiffres révélateurs de la primaire du Dakota du Sud, (montrant une fois encore sa base électorale solide parmi l'électorat traditionnellement Démocrate : les dernières primaires étaient toutes allées dans ce sens. Elle restait sur une série de victoires impressionnantes, d'autant plus surprenante que depuis des semaines, tous les médias s'accordaient à dire qu'elle n'avait plus aucune chance, mais apparemment les électeurs en avaient décidé autrement) clamait haut et fort son intention de continuer pour tous ceux qui croyaient en elle, en l'espoir qu'elle incarnait de changer leur vie :

                     (New York, 3 juin 2008)

"None of you, none of you is invisible to me. You never have been.
I see you, and I know how hardworking you are. I've been fighting for you my whole adult life, and I will keep standing for you and working for you every single day."

Pourtant, trois jours après, le discours était radicalement différent, à Washington :

"The way to continue our fight now - to accomplish the goals for which we stand- is to take our energy, our
passion, our strength and do all we can to help elect Barack Obama the next President of the United States."

Et elle assénait le coup de grâce à ses partisans, en prononçant cette phrase incroyable :

"So today I am standing with senator Obama to say : "Yes we can" ".

Citation inimaginable pour tous ceux qui se rappellent combien elle s'était elle-même moquée d'une telle maxime, peu de temps auparavant, quand elle rappelait aux électeurs qu'il ne suffisait pas de prononcer de beaux discours grandiloquents avec des formules inspirées, pour faire un candidat crédible à la fonction suprême.

Hillary a changé ce jour-là, et déçu beaucoup de ceux qui croyaient en elle, mais on ne peut lui en vouloir, car elle l'a fait pour préserver son avenir, et conserver une chance de se présenter dans le futur...

                         (Washington, 7 juin 2008)

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