Obamania : même Al Gore succombe

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Depuis quelques jours, l'Obamania est à son comble : médias, observateurs, tous affirment que Barack Obama est en route pour remporter une victoire facile en novembre, tant l'Amérique se serait entichée de ce nouveau Messie qui réconciliera son pays avec le monde entier, et fera oublier huit ans de politique étrangère aggressive et impérialiste.

Même Al Gore, qui avait pourtant refusé de prendre parti jusque-là, a apporté hier son soutien inconditionnel au candidat de son Parti, jurant de faire tout ce qui était en son pouvoir pour l'aider à remporter la victoire. Belle unanimité ! Et un formidable encouragement pour Obama qui peut maintenant se vanter d'être soutenu par une belle brochette de losers : Jimmy Carter, écrasé par Ronald Reagan en 1980 ; John Kerry, battu sans gloire par George Bush lors de la dernière élection ; et maintenant Al Gore, qui lui même n'est pas parvenu à conserver la Maison Blanche en 2000 alors qu'il était pourtant le vice-président de Bill Clinton. Avec une telle carte de visite, les choses s'annoncent en effet vraiment très bien...
Malheureusement, les Démocrates semblent se complaire dans la défaite : on a un peu l'impression qu'ils n'ont pas réellement envie de revenir au pouvoir. Sans doute la perspective de succéder à George Bush dans une situation économique ou internationale dégradée ne les enchante guère, mais tout de même... Est-ce une raison pour avoir ignoré qu'ils avaient une candidate que les Républicains eux-mêmes jugeaient imbattable au début de l'année 2007, et préféré se rallier derrière une icone médiatique qui n'a aucun programme précis sinon une vague promesse de changement ? Comment peuvent-ils penser que cela pourra suffire pour convaincre les électeurs de plus en plus nombreux qui n'appartiennent à aucun parti et qui sont donc susceptibles de voter pour le candidat le plus crédible ? Ce sont leurs voix qui seront déterminantes en novembre : quels sont les arguments que va utiliser Obama pour les inciter à le soutenir ?

L'argument principal que va tenter de mettre en avant le sénateur de l'Illinois est celui sur lequel s'est bâtie toute sa campagne pendant les primaires : voter pour le changement.
C'est aussi la raison principale qui explique l'engouement collectif auquel on assiste actuellement. Le contexte politique après huit ans d’administration Bush est propice à l'arrivée d'un imposteur, dans lequel les plus faibles ont envie de croire. Car George Bush a achevé de discréditer le monde de Washington et le gouvernement fédéral, déjà bien ternis depuis quelques années, et cela d’autant plus que les contre-pouvoirs n’ont pas fonctionné comme ils l’auraient dû, selon le système de checks and balances. Le Congrès, en particulier, n’a pas pu contrecarrer le président dans son attitude va-t-en guerre, même depuis les élections de novembre 2006 et le retour d’une majorité Démocrate.

La frustration du peuple américain est grande : l’idée que le gouvernement fédéral leur a en quelque sorte confisqué le pouvoir est très largement répandue, alors que la Constitution établit le contraire : « We the people », signifiant que c’est le peuple qui confère le pouvoir au gouvernement.

A partir de là, quelqu’un qui se présente comme l’anti-Establishment, qui passe son temps à « cogner » sur les élus de Washington oubliant au passage qu’il en fait lui-même partie, avait toutes les chances de remporter l’adhésion d’une majorité lassée de se voir peu entendue par ceux qui sont pourtant censés la représenter. On peut rapprocher cette situation de celle de 1980, après quatre ans d’administration Carter pendant laquelle les Américains avaient eu l’impression d’un président enfermé dans sa tour d’ivoire, et indifférent à leurs soucis quotidiens, notamment la flambée du prix des carburants (à laquelle on assiste d’ailleurs aussi aujourd’hui). Carter avait été obligé de prononcer un discours de contrition dans lequel il reconnaissait la « crise de confiance » que traversait ses concitoyens, et plaidait coupable de ne pas avoir été suffisamment proche d’eux. C’est alors que surgit l’homme de la situation : Ronald Reagan, médecin providentiel qui allait guérir le pays de ses maux, et dont le diagnostic lors de son discours d’investiture fut sûr et imparable : « c’est le gouvernement de Washington qui est responsable de la crise que traverse le pays. Nous souffrons non pas d’un déficit de gouvernement mais d’un excès. »

En clair, le populisme poussé à l’extrême, dont on a vu les résultats après huit ans : sans pitié pour les plus fragiles, Reagan est pourtant resté l’un des présidents les plus populaires de l’Histoire auprès des Américains.

Etonnant alors, me direz-vous que Obama, sans rougir, a rendu un hommage appuyé à Ronald Reagan, en qualifiant au passage sa présidence de bien plus marquante historiquement que celle de Bill Clinton, dont il aurait pourtant dû se sentir beaucoup plus proche, en tant que Démocrate, Bill Clinton étant le seul candidat de son Parti à avoir réussi à se faire élire, puis réélire en presque trente ans !

 

Mais Obama n’en est pas à une contradiction près. C’est même devenu son fond de commerce. Si les médias avaient pris la peine de s’intéresser d’un peu plus près à l'écart qui existe entre ses mots et ses actions, au lieu de se consacrer exclusivement à chaque mot, chaque geste de son adversaire Démocrate, prompts à souligner la moindre faille, les électeurs américains auraient pu être informés de manière impartiale et ainsi auraient été certainement plus aptes à faire un choix basé sur la raison et pas seulement sur l’émotion.

Mais cela n’intéresse pas les grands journaux américains ou les grands networks. Cela ne les gêne pas de savoir par exemple que Monsieur Obama, en juillet 2004, au moment où le soutien de l’opinion publique à la guerre était à son apogée, a déclaré : « A ce stade, il n’y a pas une grande différence entre la position de George Bush et la mienne. »[1] Déclaration incroyable de la part de quelqu’un qui ne cesse de déclarer « I was opposed to the war from day one ». Par la suite, ses votes au Sénat ont confirmé cette affirmation, puisqu’il a voté en faveur de tous les financements à cette guerre depuis janvier 2005 date de son élection. Il a également approuvé la nomination de Condoleezza Rice au poste de Secretary of State ou Ministre des Affaires Etrangères, alors que celle-ci est depuis le début l’une des principales responsables de ce conflit.  (treize de ses collègues Démocrates ont eu le courage de ne pas approuver cette nomination)

 

Barack Obama se présente également comme un grand défenseur des droits civiques, une sorte de nouveau Martin Luther King. Malheureusement pour lui, il a reçu le soutien enthousiaste de Louis Farrakhan, leader noir extrémiste, et il a eu du mal à rejeter ce soutien. On est bien loin là avec Farrakhan de la lutte pacifiste du pasteur de l’Alabama.

L’attitude de Obama est très ambiguë également envers le leader radical. Il a été contraint lors d'un débat de dire clairement si oui ou non il rejetait le soutien de ce dernier : pas facile lorsqu’on sait que celui-ci venait de qualifier Obama d’ « espoir pour le monde entier ! » Mais sentant qu’il risquait d’être en mauvaise posture s’il ne s’exprimait pas clairement devant plus de sept millions de téléspectateurs, Obama a fini par décrocher : « Je rejette ce soutien ».

 

Les médias n’ont pas mené non plus de grandes investigations sur ses liens réels avec Tony Rezko, l’homme d’affaires de Chicago accusé de corruption, dont le procès s’est d’ailleurs ouvert la veille des primaires dans le Texas et l’Ohio. Prompt à condamner le règne de l’argent dans les campagnes électorales, le sénateur de l’Illinois a volontiers accepté l’argent que ce personnage controversé a versé généreusement en faveur de sa campagne, sans s’interroger beaucoup sur l’origine de ces fonds, lui qui se vante de vouloir remettre de l’éthique dans la politique.

 

Autre contradiction, sur les droits des citoyens :, qui est au courant qu’il a voté en faveur du Patriot Act en juillet 2005, l’un des textes les plus durs en terme de privation de libertés au prétexte de protection contre le terrorisme ?

Constamment, Barack Obama dénonce l’influence des grands groupes et des lobbies au Congrès, et se voit en avocat des petits contre les gros. Paradoxalement, en 2005, il s’est joint aux Républicains pour voter en faveur d’un projet de loi rendant beaucoup plus difficile les class actions ou actions collectives, projet qui depuis longtemps était réclamé par toutes les grandes sociétés, et surtout les banques.[1] A l’époque, pour faire passer la pilule, ce projet fut présenté comme le moyen d’éviter les procès pour motifs futiles et désengorger les tribunaux. Mais certains sénateurs ne se sont pas laissé berner (Hillary Clinton est de ceux-là), et ont dénoncé un moyen de protéger les intérêts des grandes entreprises.

Mais la défense des consommateurs ne semble vraiment pas être sa préoccupation principale, puisque, comme cela lui a été reproché au cours de plusieurs débats par ses adversaires Démocrates, Barack Obama a soutenu un amendement à une loi sur les faillites personnelles qui aurait fixé le seuil maximum des taux d’intérêt  des cartes de crédit à 30 %. Il s’est ensuite expliqué en disant que le seuil lui paraissait trop élevé : peut-être, mais c’était quand même mieux que rien.


L’art de l’imposture consiste aussi à ne jamais prendre position sur des sujets précis, à pratiquer l’esquive permanente.

Totalement insaississable, imperméable aux critiques, ce que certains apprécient comme une hauteur de l’esprit, n’est rien d’autre qu’un mépris de ses adversaires. Un récent article de presse titrait «  he shrugged », verbe qui lui sied tout à fait puisqu’il signifie « hausser les épaules ». C’est ce qu’il fait systématiquement quand on l’attaque : il ne répond jamais précisément à ce qu’on lui reproche, il se contente de hausser les épaules, et d’affirmer d’un air hautain : "vos attaques sont précisément ce que les Américains réprouvent aujourd’hui, ce dont ils sont lassés désormais et qui fait qu’ils aspirent au changement."

Les fans crient au génie ! Mais personne ne le reprend et ne le somme d’effectivement s’expliquer sur le fond. On se contente de s’extasier et d’affirmer : il est vraiment au-dessus des autres ! Aucun autre candidat ne bénéficie d’une telle indulgence. Tout ce qui serait considéré comme de graves faiblesses chez les autres est vu chez lui comme de grandes qualités.

Ses partisans ont aussi été très rapides à balayer d’un revers de la main les accusations de manque de patriotisme : curieux dans un pays où la question est pourtant si sensible en période électorale. Les délires de Michelle Obama qui se déclarait enfin « fière de son pays » n’ont pas été beaucoup relayés, mis à part par les médias conservateurs. Le fait que Barack Obama ne veuille plus mettre la main sur son cœur pendant l’hymne, ou ne veuille plus arborer le drapeau américain sous prétexte qu’il n’est pas fier de l’attitude de son pays en Irak, n’a pas fait l’objet de grande polémique : c’est pourtant un comportement peu solidaire et peu glorieux en période de guerre contre le terrorisme…

Où est passé le journalisme d’investigation qui émergea après le Watergate et dont les Américains ont eu raison d’être si fiers ?

 

Qu’importent l’expérience, la compétence, l'historique de ses votes au Sénat ? Seule la promesse d’une réconciliation résonne, le flou d’une platitude comme  "Yes, we can !"   à laquelle des millions sont prêts à croire. Simplement dans l’espoir de tourner une page. Et puis quelle importance cela a-t-il, ce qui se cache derrière ses mots ? L’important, c’est « change ». Comme toujours, le slogan a fait place au concret des propositions et du programme. Barack Obama n’a aucun bilan, aucune expérience, aucune compétence en matière de politique étrangère. Pire même que George Bush en 2000 qui avait quand même une expérience de mandat exécutif en tant que gouverneur du Texas. Mais peu importe : comme Bush en 2000, c’est le candidat le plus sympathique…


Jadis un handicap, le manque d’expérience est devenu un atout avec Obama, au nom du changement : le changement, c’est d’avoir un C.V quasi vierge, comme si tout le monde avait été convaincu par son argument populiste : l’expérience, c’est le monde corrompu de Washington dont Hillary Clinton et John McCain font partie depuis des années.
Le pire, c’est qu’Obama lui-même, il y a peu, rejetait catégoriquement, au cours d’une interview la possibilité de se présenter en 2008, se jugeant bien trop inexpérimenté ! C’est donc lui qui le disait…

Les bénévoles qui travaillent à la campagne d’Obama reçoivent comme consigne édifiante lors de leur formation de ne surtout jamais parler des questions de fond avec les électeurs qu’ils rencontrent, mais de ne faire que du « story-telling », c'est-à-dire de raconter comment ils ont connu Obama, et comment ils en sont arrivés à travailler pour le faire élire.

Si l’on considère que l’expérience de Monsieur Obama se résume à huit ans passés au sein du Sénat de l’Illinois et deux ans au Sénat (inutile de compter 2007 : il a passé son temps à faire campagne) on comprend pourquoi il tente de convaincre que l’expérience n’a pas d’importance et est même un facteur négatif, car son bagage paraît bien léger…

 
Autre explication de l'Obamania : l'idée d'avoir un candidat afro-américain pour réparer les torts du passé est très séduisante pour toute une élite intellectuelle qui est pourtant peu représentative de l'Amérique profonde.

Tout au long de la campagne, le camp Obama s’est défendu de jouer la carte de la race. Et pourtant, c’est bien ce qu’ils sont parvenus à faire de manière insidieuse. Ils ont même réussi l’exploit de faire passer Bill Clinton jadis qualifié de « first black president » par Toni Morrison pour un raciste : un comble, lorsque l’on songe à ce que l’administration Clinton a fait pour cette communauté. Grâce à Obama, Bill Clinton, adoré jusqu’à ces dernières semaines par les Afro-américains, est maintenant regardé par ces derniers, au mieux, avec suspicion ; au pire avec haine. Jolie performance…

Mais cette communauté ferait bien de se rendre compte que Barack Obama n’a ni la stature ni la dimension pour devenir le président qui effectivement réconciliera tous les Américains et effacera les cicatrices du passé.

Le risque est au contraire de diviser le pays encore davantage : déjà, la droite ultra conservatrice se déchaîne. Les propos les plus racistes et les plus insultants abondent sur Internet. Sur les blogs, certains jurent leur grand dieux que jamais ils n’accepteront d’être gouvernés par un Noir. Est-ce vraiment cela le candidat de l’unité ?

On fait souvent le reproche à Hillary Clinton de ne pas être éligible, car elle a une cote d’impopularité record. Mais pourquoi ne veut-on pas se poser la vraie question : les Américains qui votent en novembre ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux qui votent à l’occasion des primaires. Barack Obama n’a aucune chance en novembre surtout face à quelqu’un comme John Mc Cain qui saura aussi attirer les voix des Indépendants. Mais sans doute n’est-il pas politiquement correct de poser la question en ces termes : c’est  vrai, Hillary Clinton a depuis toujours environ 35 % de personnes qui se déclarent prêtes à ne pas voter pour elle. Mais combien y en a-t-il qui ne sont pas prêtes à voter pour un Afro américain ?

 

Tout est vu comme attaque raciste : plus personne n’a le droit de toucher à un seul cheveu du sénateur : on a vu la réaction causée par la parution d’une photo le montrant en costume traditionnel somalien à l’occasion d’un voyage qu’il avait effectué au Kenya en 2006. Les médias n’osent rien dire de peur d’être jugés politiquement incorrects. Finalement, c’est une véritable terreur que le camp Obama fait régner sur la campagne.

Car Monsieur Obama, qui se prétend être quelqu’un de neuf, d’honnête et de sincère, n’a rien à envier aux politiciens de Washington qu’il décrie tant dans ses discours : il pratique le mensonge avec maestria lorsqu’il s’agit de discréditer ses adversaires aux yeux des électeurs. Lorsqu’il a fait distribuer des tracts aux électeurs de l’Ohio dans lesquels il affirmait que Hillary Clinton considérait l’Alena comme une "bénédiction" pour l’économie, il n’a pas précisé que ce n’était pas un mot qu’elle avait prononcé, mais que des journalistes avaient utilisé pour décrire ce qui, selon eux, reflétait sa pensée. Il a même poussé l’audace jusqu’à critiquer son plan sur l’assurance maladie, ce qui lui a d’ailleurs été reproché par la candidate mais aussi par certains Démocrates qui n’ont pas apprécié cette tactique douteuse qui consistait à remettre en cause un plan pour la couverture universelle, principe sur lequel tous les Démocrates devraient pourtant être solidaires. C’est d’ailleurs à cette occasion que Hillary Clinton a lancé son fameux « Shame on you, Barack Obama » grâce auquel elle a reçu une nouvelle volée de bois vert de la part de certains médias, qui ont préféré insister sur le fait qu’elle perdait son sang froid, et ne se sont pas du tout ému du comportement pour le moins contestable de son adversaire.

 

L’un des ses arguments favoris pour convaincre les électeurs est qu’il sera certainement plus susceptible que l’ancienne première dame de rassembler et de gagner les suffrages des Indépendants. Mais il se garde bien de rappeler qu’il a pourtant été classé comme l’un des sénateurs les plus « liberal », c'est à dire les plus à gauche, adjectif que l’on accole pourtant à sa rivale. De plus, alors que cette dernière depuis son arrivée au Sénat a concrètement montré son aptitude à travailler avec ses collègues Républicains sur des centaines de projets de lois, lui n'a pas fait preuve d'une telle ouverture d'esprit. Le bilan de Barack Obama en la matière est incomparable : les propositions de lois sur lesquelles il a travaillées avec des Républicains n’ont pas montré sa capacité à réconcilier les vues des deux Partis, puisque les sujets étaient hautement consensuels : prolifération nucléaire ; réforme  de l'éthique en politique, des thèmes sur lesquels les divisions partisanes ne sont pas clairement marquées.

Sur l’avortement quelques doutes demeurent : lorsqu’il était sénateur dans l’Illinois sept fois sur quatorze il a préféré voter present plutôt que de prendre clairement position sur le sujet.
 

Mais le plus gros mensonge sur lequel le candidat a construit sa popularité et a réussi à engranger des voix reste sans aucun doute la guerre en Irak. Barack Obama a réussi l’exploit de faire croire à un bon nombre d’électeurs qu’il avait voté contre cette guerre, alors qu’au moment du vote, il n’était pas sénateur ! Facile d’affirmer après coup que s’il avait été là, il aurait voté contre. Personne ne pourra jamais vérifier. C’est d’ailleurs le contraire qui est probable si on examine les faits d’un peu plus près, c'est-à-dire à la manière dont il s’est comporté sur le sujet une fois devenu sénateur.  


Enfin, le plus inquiétant est sans aucun doute l'atmosphère dans laquelle la campagne s'est déroulée : Obama fait plus penser au grand gourou d'une secte qu'à un candidat à une élection présidentielle. Sa campagne pour les primaires Démocrates a ressemblé davantage à un culte, un pélerinage en direction du  Sauveur. Voici quelques mots tirés de ses grands rassemblements pendant lesquels le public présent a fait l'expérience de la Révélation :

 

  Par exemple, dans le New Hampshire à Darmouth College :

« You will experience an epiphany. And you will suddenly realize you must go to the polls and vote for barack.”

En Géorgie, à Macon :

“I’m asking you all to walk with me and march with me and pray with me. Because I believe if we can love one another just a little bit the way God loves each of us, we can reach a more united America.”

Le jour du Super Tuesday :

« We are the ones we’ve been waiting for. We are the change we seek.”

Des mots vides, creux, sans fond, dignes d’un prédicateur mais certainement d’un candidat à la présidentielle de la plus grande puissance mondiale. Grand orateur, certes, mais sans substance.

Ce que confirme la grande prêtresse Oprah Winfrey, justifiant son soutien :

« I’m stepping out because I’ve been inspired to believe a  new vision is possible. »

Et on tourne en rond,pendant des minutes entières, dans les discours : le sermon : « in the face of despair, we believe there can be hope » ; le messie est arrivé : « At this moment in the election, something is happening in America ». Cela tourne à l’hypnose à l’hystérie : les femmes pleurent ou s’évanouissent ; le public applaudit parce que le grand homme s’est mouché !

Ses meetings ressemblent à des méga concerts de Bruce Springsteen : les gens font la queue pendant des heures trépignant d’impatience à l’idée d’écouter l’artiste, mais les artistes font-ils des bons présidents ?

On s’évanouit en le voyant : Joel Stein Los Angeles Times : « I’ve never seen anything like this … people fainting… »  Ferveur religieuse ; dévotion ; euphorie de masse ; rhétorique religieuse ; champs thématiques de la résurrection ; de la rédemption ; de la renaissance ; finalement, heureusement que le ridicule ne tue pas !

 

On friserait le comique s’il ne s’agissait pas d’une affaire sérieuse : les slogans fumeux et populistes peuvent conduire à une catastrophe, nous en savons quelque chose ici en France. Nous avons eu notre dose de « change » : elle s’appelait « la rupture ». Nous avons aussi succombé à un « Yes we can » qui avait pour nom  « Ensemble tout est possible ». On a vu où cela nous a conduits…

 

CONCLUSION

 

En France, et partout dans le monde, c’est au même déferlement outrancier que l’on a assisté ces dernières semaines, à la même disproportion dans la couverture médiatique entre les deux candidats Démocrates. Aux quatre coins du globe, on semble s'être entiché de Barack Obama. 
Constamment, ce dernier  n’a fait l’objet que de gros titres avantageux et appréciateurs, alors que Hillary Clinton, mise à part après sa victoire dans le New Hampshire en janvier a été présentée comme le loser, même lors du Super Tuesday qui l’a vue pourtant remporter la victoire dans les Etats les plus peuplés, et donc les plus cruciaux lors de l’élection générale de novembre. On l’a très vite enterrée, et par la suite, toute sa campagne a été présentée comme la tentative désespérée d’une has been qui s’accrochait désespérément, une gêneuse qui refusait de laisser le chouchou des médias foncer vers la Maison Blanche. On s’est même demandé, parce qu’elle avait perdu neuf primaires consécutives dans des Etats pourtant relativement peu peuplés, pourquoi elle ne laissait pas tomber, en oubliant de signaler qu’au total, elle avait rassemblé davantage de voix que son rival !

On lui a nié même toute légitimité à continuer de se battre pour arracher la nomination au Texas ou dans l’Ohio. On aurait voulu qu’elle abdiquât avant même d’être vraiment sûre d’avoir perdu toute chance. Pire, même. Quand elle attaquait Barack Obama comme c’est de bonne guerre pendant toute campagne électorale, elle était décrite comme hystérique et incapable de se contrôler. Un quotidien français a même titré : "Hillary perd pied et mord" (Libération), tout ça parce qu’elle avait dénoncé la tactique de son adversaire tentant de la discréditer auprès des électeurs de l’Ohio en mentant effrontément sur son projet d’assurance maladie.

 

On a assisté en fait au même phénomène auquel on a assisté au printemps dernier à l’encontre de Ségolène Royal: une vaste entreprise de démolition envers une candidate qui pour la première fois avait de réelles chances de remporter l’élection présidentielle. En France, comme aux Etats-Unis, il y a encore beaucoup de gens qui ne sont pas prêts à voir une femme accéder à la fonction suprême.

Dans l’Histoire américaine, les femmes ont toujours été la « minorité » servie en dernier. Alors que l’on a accordé le droit de vote aux Afro-américains en 1870, les femmes n’ont obtenu ce droit que cinquante ans plus tard. De même, alors que les Noirs ont pu bénéficié d’un vaste programme d’affirmative action qui leur a permis d’avoir accès aux universités les plus prestigieuses ou aux emplois publics non grâce à leur mérite mais grâce à la couleur de leur peau, les femmes ont dû batailler pendant les années soixante-dix pour obtenir l’égalité, et doivent encore combattre très dur aujourd’hui pour ne serait-ce que préserver un droit qu’on leur a longtemps refusé, celui de disposer de leur corps : le droit à la contraception et à l’avortement.

 

La bataille entre Hillary Clinton et Barack Obama a été en cela révélatrice : l’Amérique est désireuse de réparer ses torts envers sa minorité noire, non envers ses femmes. Peu importe qu’une femme n’ait même jamais eu l’occasion d’être la candidate d’un des deux grands partis. C’est une discrimination bien faible par rapport à ce qu’ont pu subir les Afro-américains. L'Amérique pense que si l’un des leurs est élu, elle en sera quitte de près de trois siècles d’esclavage. Une façon comme une autre de se donner bonne conscience, sans chercher à réfléchir davantage. L’une des idées en vogue du moment est que Barack Obama encourrait un risque s’il était élu président : une manière comme une autre de faire le parallèle avec l’illustre Martin Luther King, et d’exacerber le sentiment de culpabilité qu’éprouvent les Américains depuis 1968. Une rédemption, en quelque sorte : l’un des mythes fondateurs de la nation…

Populiste, opportuniste, manipulateur, Barack Obama a bâti son succès sur son incontestable charisme et ses grandes qualités d’orateur, mais c’est bien là l’inquiétant. « The Audacity of Hope » : c’est le titre de son livre. La seule audace qu’il a manifestée jusque-là  c’est celle d’avoir osé se lancer dans la course à la présidence avec un bilan aussi mince et un programme électoral aussi flou. Pourtant comme le dit le proverbe : la chance ne sourit-elle pas aux audacieux ? Malheureusement pour l’Amérique, serait-on tenté de conclure…      

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