Le bal des hypocrites : ça continue !

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Hier, un communiqué a annoncé que Hillary ferait sa réapparition la semaine prochaine (elle ne s'est pas remontrée depuis son discours du 7 juin, sans doute partie en vacances pour une destination inconnue), et participerait à un grand gala de collecte de fonds aux côtés d'Obama, auquel seraient conviés bon nombre des anciens contributeurs à la campagne de la sénatrice. Cela va permettre à Obama de "récupérer" les principaux soutiens financiers de Hillary, mais aussi et surtout au Parti Démocrate d'afficher une belle unité de façade face au camp Républicain lui-aussi prétendument rassemblé.

Cela confirme ce qu'au fond, tout le monde savait déjà : la politique est l'art d'avaler et de faire avaler des couleuvres. Dans ce domaine, Hillary est très bien placée, mais c'est pour la bonne cause. Rappelons-nous qu'elle n'a que "suspendu' sa campagne. Cela signifie qu'elle garde tous ses délégués jusqu'à la Convention, et que ceux-ci peuvent très bien voter pour elle au moment de la désignation. En faisant cela tout en appelant officiellement à soutenir son rival, elle laisse entendre que toutes les possibilités restent ouvertes : au cas où les choses tourneraient mal pour Obama d'ici fin août, la sénatrice resterait une option de secours pour son Parti. Mais cela veut aussi dire, bien entendu, qu'il lui faut être absolument irréprochable d'ici-là, pour que personne ne puisse lui faire le reproche d'avoir oeuvré contre Obama, au cas où celui-ci se trouverait dans une situation délicate à Denver, en raison d'un mauvais début de campagne pendant l'été.

Hillary est fine stratège : il est clair qu'en son for intérieur, il lui reste un espoir, infime soit-il. Qui sait ce qui pourrait arriver d'ici la fin du mois d'août ? La route est encore longue... Les Républicains pourraient mettre en marche la machine à détruire et affaiblir considérablement le candidat présumé. Ce ne sont pas les occasions qui leur manqueront, tant Obama, comme nous l'avons expliqué dans un article précédent, est attaquable pratiquement sur tout.

Hillary a donc raison de jouer les hypocrites : plus elle soutiendra Obama en apparence, plus le Parti Démocrate sera satisfait d'elle, et plus elle conservera ses chances pour l'avenir : cette année, ou, plus probable, en 2012, puisque Obama sera battu en novembre et donc qu'il en sera terminé de ses chances présidentielles. L'avantage aux Etats-Unis, c'est que celui qui n'est pas capable de gagner une fois voit son avenir national fortement compromis. Quand cet automne, Obama aura fait preuve de son manque de crédibilité et se sera définitivement ridiculisé, on en aura enfin terminé avec cette illusion. L'invitation lancée aux principaux anciens contributeurs de l'ex-candidate ne manque pas de sel, lorsqu'on sait l'amertume et la déception qui doivent l'avoir envahie aujourd'hui. Quelques extraits :
"Hillary ran for President because she wants to put this country on the right track. She continues to fight and stand strong for our values and priorities and will do everything she can to unify the party and to elect Barack Obama the next president of the United States."
Et on fait aussi savoir que les deux anciens rivaux sont actuellement en discussion pour décider d'autres dates auxquelles ils pourraient tous deux encore publiquement se retrouver dans l'intérêt -financier, bien sûr- du candidat.

Car il faut encore convaincre les généreux donateurs qui croyaient en Hillary mais n'ont aucune confiance en celui qui a pris sa place.

Comment pourrait-il en être autrement ?
Comment peuvent-ils oublier, eux, si Hillary, elle, prétend le pouvoir (dans l'intérêt du Parti), que celui qui leur demande désormais de l'argent est le même qui vient de briser toutes les chances des Démocrates de gagner une élection qu'ils avaient pourtant tout pour remporter ?

Donner de l'argent à un candidat qui n'est pas forcément légitime : c'est un peu difficile à avaler !
Car c'est Hillary, et non lui, qui a remporté davantage de voix au total, il ne faut pas l'oublier. C'est elle qui a remporté le plus de grands États. Elle n'a perdu que parce que le système consistant à désigner le candidat par une majorité de délégués est totalement anti-démocratique, dans la mesure où l'attribution des délégués se fait de manière plutôt opaque et incompréhensible, si bien que le vainqueur au nombre de voix dans un État ne remporte pas forcément la majorité des délégués. C'est logique, non ?
D'autre part, Obama a acquis sa victoire en s'imposant principalement dans une majorité de "caucuses", et l'on sait comment la désignation se passe lors de ces rassemblements électoraux obsolètes. Rien ne remplacera jamais le secret de l'isoloir : on n'est plus au dix-neuvième siècle !

Mais le pire, et c'est la manière dont grâce à Obama, le Parti Démocrate se retrouve aujourd'hui totalement affaibli. La longue course que leur a imposé le sénateur a laissé des traces : le parti est divisé en deux camps, irréconciliables, malgré cette nouvelle entente affichée. Des rancoeurs se sont installées, et certains ne souhaitent pas la victoire d'Obama. Les Clinton et leurs fidèles sont de ceux-là, même s'ils vont faire croire désormais le contraire.

Obama a aussi affaibli le Parti car il a fourni aux Républicains qui pensaient avoir perdu l'élection face à Hillary la possibilité de concourir contre un adversaire faible, dont ils ne feront qu'une bouchée. Car Obama a remporté une majorité d'Etats pendant les primaires qui sont des "red states" c'est à dire des bastions Républicains, là où il n'a aucune chance en novembre. Car Obama s'appuie sur une coalition de peu d'envergure : Afro-américains ; élites intellectuelles ; et jeunes. Une coalition qui n'est pas du tout représentative de l'Amérique. Il va lui être très difficile de remporter des États, notamment les swing states, c'est à dire ceux qui font basculer l'élection dans un sens ou dans l'autre. Ceux-ci, c'est Hillary qui les a tous remportés pendant les primaires !
La coalition la plus large, à l'origine des victoires Démocrates, c'est encore Hillary qui a réussi à la mettre en place : femmes ; Hispaniques ; électorat populaire. Pour l'instant, ces derniers ne semblent guère goûter aux slogans fumeux qui sont parvenus à convaincre les jeunes écervelés et les bobos. Normal : eux savent que ce ne sont pas de vagues promesses de changement et de réconciliation qui paieront leur loyer à la fin du mois ou qui empêcheront la délocalisation de leur emploi.

Car les adversaires de Barack Obama n'auront aucun mal à dénoncer l'imposture : trois années seulement au Sénat dont une passée à faire campagne pour les primaires ; un programme fourre-tout, vague et surtout contradictoire qui promet tout et son contraire.

Voilà pourquoi lorsqu'aujourd'hui on entend les Démocrates et le camp Hillary appeler à la grande entente et à l'unanimité, on ne peut s'empêcher de rigoler doucement, tant il est clair que les animosités, les divisions, voire les haines, n'ont jamais été si vivaces au sein de ce Parti. Handicap supplémentaire pour Novembre... 

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