Discrimination positive au sommet ?

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French version ; English version below.
L'Amérique joue un jeu dangereux ces temps-ci : elle semble avoir oublié qu'une élection présidentielle n'est pas une tentative de combler les divisions raciales ou de réparer les torts du passé.

Une élection présidentielle, c'est de la politique : elle ne doit pas se transformer en une lutte pour les droits des minorités.
Un président doit être un individu, homme ou femme compétent, qualifié, capable de faire face à des situations délicates et complexes.
Les Américains devraient choisir leur prochain président en se demandant qui est le mieux capable de guider la nation dans les défis du 21ème siècle.
Et cela n'a donc rien à voir avec la question raciale ! Cela n'a aucun rapport avec le désir de promouvoir le membre d'une minorité au sommet, simplement parce que les gens se sentent coupables des torts du passé !


Tout au long des primaires, on a eu l'impression que beaucoup de membres du Parti Démocrate étaient fiers de la candidature de Obama, simplement parce qu'il représente la possibilité pour les Afro-Américains d'atteindre le sommet, de gravir l'échelle sociale. Cela s'est passé un peu comme si les Démocrates avaient tout à coup eu l'intention d'appliquer un programme de discrimination positive à l'intérieur de leur propre Parti.

Et Obama en a largement profité. Il a construit toute sa candidature sur le "changement", et bien entendu ce mot fait référence au changement des mentalités, celui qui est supposé permettre aux Américains de se racheter en portant un Noir à la fonction suprême.
Mais est-ce que cela permettra à l'Amérique de se remettre sur le droit chemin ?
Est-ce que cela permettra à l'Amérique de se retrouver sur le plan économique et au niveau international, simplement parce qu'elle élit un Afro-Américain
Car quelles sont, au fait, les solutions concrètes proposées par Monsieur Obama pour résoudre les problèmes auxquels la nation est confrontée actuellement, par exemple la crise immobilo-bancaire des sub-primes ?
"Elisez-moi. Comme je suis Noir, tout ira mieux."
Est-ce vraiment sérieux ? Est-ce que les Américains peuvent se permettre de prendre un tel risque ?
McCain vient d'accuser Obama de "jouer la carte de la race". Il a entièrement raison.
Et cela doit s'arrêter. C'est devenu insupportable. Et les gens commencent à en avoir assez : aujourd'hui pour la première fois le sondage quotidien fait par Gallup montre que les deux hommes sont à égalité.
Il semble que les Américains commencent enfin à réaliser que tout est faux depuis le départ. Il est toujours aisé dans un pays dont l'Histoire est marquée par des siècles d'esclavage d'être tenté de jouer la carte de la race. Cela a pu marcher dans un contexte de grande désillusion et de lassitude, après huit ans d'une administration Bush incroyablement arrogante et autiste.

Mais, au fur et à mesure que l'on se rapproche de l'élection, les électeurs commencent à réfléchir : oui, cela aurait été un beau symbole de voir une famille noire américaine s'installer à la Maison-Blanche et devenir la "First Family".
Mais à quoi servent les symboles en temps de crise économique ?

Dans l'Histoire des Etats-Unis, les femmes ont toujours été la minorité oubliée. Les Afro-Américains ont obtenu le droit de vote en 1870, grâce au 15ème amendement à la Constitution, après la Guerre de Sécession. Les femmes avaient lutté à leur côté pour l'abolition de l'esclavage, espérant voir en même temps leurs propres droits reconnus ; et pourtant, elles durent attendre cinquante années supplémentaires avant de se voir accorder à leur tour le droit de vote, en 1920, par le 19ème amendement à la Constitution. 

De même, dans les années soixante, les Noirs purent bénéficier des programmes d'"affirmative action", ou discrimination positive dans différents domaines, alors que les femmes furent obligées de lutter encore dans les années soixante-dix, pour réclamer l'égalité hommes / femmes. Cependant, elles ne sont toujours pas les égales des hommes. Il y a encore de grandes disparités par exemple dans le monde du travail entre leurs salaires, et ceux des hommes. Et dans la sphère privée, leur droit à l'avortement ou la possibilité d'avoir accès à la contraception sont régulièrement remis en cause, et cela s'est aggravé sous l'administration Bush.
Women's march for their rights, april 2004

Pendant les primaires, beaucoup de gens ont affirmé qu'il était absurde de voter pour Hillary Clinton simplement parce que c'est une femme. Cela ne semble déranger personne de savoir que jusqu'à présent, aucune femme n'a été la candidate officielle de l'un des deux grands partis. Mais par contre, tout le monde insiste sur la formidable chance d'atténuer les conflits raciaux grâce à la candidature de Obama.
Les femmes ont toujours été considérées comme des citoyens de seconde classe. Pourtant, personne n'aurait dû voter pour Hillary parce qu'elle est une femme.
Alors, la question que l'on peut se poser est : pourquoi les Américains devraient-ils choisir Obama simplement parce qu'il est Afro-Américain ?
 

 

 

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