Respectez les électeurs !

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French version ; English version below.
Des rumeurs contradictoires circulent actuellement : le nom de Hillary Clinton figurera-t-il oui ou non sur les bulletins de vote lors de la Convention du Parti Démocrate de Denver ? Un jour, la réponse est affirmative ; le lendemain, elle est négative.
En fait, une chose est claire désormais, après avoir entendu Hillary elle-même il y a quelques jours (voir notre article : Hillary rassure ses supporters) et après avoir vu Bill Clinton sur ABC : le couple veut que les 18 millions d'électeurs qui se sont exprimés en faveur de la sénatrice de New York lors des primaires organisées à travers tout le pays de janvier à juin, aient la chance de voir leurs votes pris en compte, et leur choix, respecté.
Sinon, quel est l'intérêt d'organiser une consultation électorale si longue et si compliquée ? A quoi cela sert-il si c'est en fin de compte pour ignorer des millions de voix de gens qui se sont dérangés pour se rendre aux urnes en espérant voir leur choix respecté ? Pourquoi les délégués qui représentent Hillary devraient-ils jeter l'éponge et finalement ne pas avoir le droit de voter pour elle ?
Les règles du parti sont pourtant claires : les délégués sont totalement libres de voter pour qui ils veulent lors de la Convention. Ils peuvent choisir en leur âme et conscience.
Alors pourquoi le Comité National Démocrate (DNC), organe dirigeant du parti, essaie-t-il d'intimider ces délégués et de les forcer à ne voter que pour UN seul candidat. HILLARY N'A FAIT QUE SUSPENDRE SA CAMPAGNE, ce qui signifie qu'elle possède toujours donc un nombre important de délégués.


De plus, ce qu'il y a de neuf aujourd'hui, c'est que finalement les délégués de Floride et du Michigan auront tous le droit de siéger à la Convention, contrairement à ce qui avait été décidé fin mai. Il s'agit d'une demande faite par Obama, et l'on peut se demander pourquoi, étant donné que cela a pour conséquence immédiate de donner plus de délégués à Hillary, qui a remporté ces Etats.
Bien entendu sa principale motivation est de ne pas s'aliéner les électeurs de ces Etats, car ils pourraient se révéler cruciaux en Novembre, surtout la Floride. Pour Obama, il était donc urgent de ne pas rester impopulaire là-bas. 
Mais l'autre raison pourrait être plus inquiétante. Si Obama a enfin accepté alors qu'il avait toujours refusé de réhabiliter les délégués de ces Etats, c'est peut-être parce qu'il sait qu'il n'a plus rien à craindre de sa rivale. Celle-ci a été menacée de représailles par le Parti, qui pourraient compromettre la suite de sa carrière, et elle a donc été obligée de s'exécuter. Elle va renoncer prochainement, et attend le bon moment pour l'annoncer.

Les Démocrates, on le sait, sont profondément divisés. La réconciliation tant espérée il y a quelque temps  n'a pas eu lieu. Bill Clinton est certainement le symbole le plus frappant de cette rancoeur persistante. Donc, ce qu'ils craignent, c'est que si tous les délégués ne s'unissent pas derrière Obama à Denver, c'est une image de division et de querelle qu'ils vont montrer au pays tout entier. Et cela sera du plus mauvais effet, carcar les électeurs pourraient se dire : s'ils ne sont même pas capables de s'entendre entre eux, pourquoi leur ferait-on confiance pour réconcilier le pays ?
On comprend, bien sûr, ces arguments. Ils peuvent correspondre à une certaine réalité. Mais, comme Hillary l'a laissé entendre l'autre jour, cela aurait pu permettre au parti d'accomplir une catharsis, comme dans une tragédie shakespearienne. Beaucoup de Démocrates totalement dévoués à Hillary ont pour l'instant l'impression que Obama leur a volé leur élection. Ils prétendent -et ils ont raison"- que Obama n'a pas été ELU, il a été NOMME, par le Comité National du Parti.
C'est vrai, le trois juin, jour de la fin des primaires, Obama n'avait pas atteint le chiffre magique du nombre nécessaire de délégués pour obtenir la nomination. Alors qu'a fait le DNC ? Ils ont fait pression sur les superdélégués pour qu'ils apportent leur voix à Obama, afin de mettre un terme au processus de désignation. Ce fut une décision rendue par les dirigeants comme Howard Dean ou Nancy Pelosi, et non par les électeurs de base.
Et ce n'est pas juste. Ce n'est pas juste, parce que cela s'est produit après des mois et des mois d'un combat acharné mais loyal. Ce fut clairement un manque de respect pour les électeurs. Ce sont ces mêmes électeurs qui pourraient très bien décider, la mort dans l'âme, en novembre, pour la premère fois de leur vie, de ne pas se rendre aux urnes, ou même de voter pour le candidat Républicain.
 

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