Petite leçon d'Histoire

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Pourquoi la Convention de Denver ne nous réserverait-elle pas une surprise ?
Aujourd'hui, nous sommes à vingt jours exactement de la Convention  nationale du Parti Démocrate qui se tiendra à Denver à partir du 26 août. A cette occasion, nous nous proposons de faire à nos lecteurs un petit rappel historique sur certaines Conventions passées qui ont réservé quelques surprises.

Il y a eu à plusieurs reprises dans l'histoire des deux grands partis des conventions nationales que l'on a dites "brokered", mot qui n'a pas de réel équivalent en français, mais qui pourrait se traduire par "négociée". Cela signifie que tout peut arriver, dans la mesure où aucun des candidats n'a obtenu la majorité de délégués nécessaire. Alors, théoriquement bien sûr, cette année, la Convention ne peut être "brokered" puisqu'à priori, Obama a atteint le nombre magique. Sauf que, comme le répètent ses opposants, il n'a obtenu ce nombre que grâce aux superdélégués, qui eux sont susceptibles de changer d'avis n'importe quand.

Alors pourquoi ne pas rêver d'un scénario catastrophe pour le sénateur de l'Illinois ? Il est déjà arrivé que le "presumptive nominee" se fasse coiffer sur le poteau lors de la Convention...

En 1932, la nomination de Franklin Delano Roosevelt ne se fit qu'après une convention  "négociée",et plusieurs tours de scrutin. Cela signifie que ce grand homme était loin de faire l'unanimité dans son propre parti ! On sait comment cela se termina : non seulement il remporta les élections de novembre, mais il resta président jusqu'à sa mort, et détiendra à jamais le record du nombre de mandats effectués, puisque depuis ceux-ci sont désormais limités à deux. Lors de cette convention très agitée, Roosevelt qui avait pourtant le soutien d'une majorité de délégués, ne réussit pas à l'emporter au bout de trois tours de scrutin. L'impasse était totale et dura plusieurs jours, tant le Parti était déchiré entre plusieurs factions : Roosevelt avait le soutien d'une coalition formée de progressistes, des minorités, des agriculteurs et des intellectuels. Al Smith était soutenu par le DNC, et Jon Garner par le magnat de la presse William Randolph Hearst. Tout semblait bloqué : le Parti menaçait d'éclater. Quand brusquement, un coup de téléphone magique débloqua la situation. C'était Joseph Kennedy, qui soutenait Roosevelt. Il appela W. Hearst et négocia avec lui. Ce dernier réussit ensuite à convaincre Garner de se retirer en faveur de Roosevelt. La désignation du candidat se fit donc sur tapis vert, après d'intenses tractations.

En 1968, la Convention promettait aussi d'être houleuse, mais l'assassinat de Robert Kennedy vint bouleverser la donne.
C'est sans doute 1984, le plus proche de nous, qui est un cas intéressant à examiner. Walter Mondale, ancien vice-président, était le favori, mais il lui manquait quarante délégués pour obtenir l'investiture. Gary Hart lui disputait la nomination : ce sont finalement les super-délégués qui choisirent Mondale. Le résultat de novembre fut catstrophique : Mondale fut écrasé par Ronald Reagan, et ne réussit à remporter que son Etat d'origine.
En 1988 de nouveau, aucun candidat ne semblait se détacher pendant les primaires : il restait Michael Dukakis, Al Gore et Jesse Jackson : les médias jouèrent un rôle capital cette année là, puisque ce sont eux qui décidèrent que le favori était Dukakis. Et ce dernier finalement réussit à remporter les primaires. On sait ce que cela donna lors de l'élection face à George Bush père.

Si l'on se rappelle bien ce qui se disait ce printemps, beaucoup d'observateurs prédisaient un scénario de "convention négociée" pour les Démocrates. C'est ce qui aurait dû normalement avoir lieu : il faut le dire haut et fort. Si le DNC n'avait pas décidé de confisquer l'élection, le résultat des primaires était clair : personne n'avait gagné. C'était à la Convention de faire son travail. et cela aurait été normal, conforme aux règles du Parti.
Les superdélégués n'avaient aucun droit d'être les "faiseurs de roi" avant la Convention. Ils auraient dû s'inspirer de ce qui s'était passé en 1932 : c'est à Denver qu'il aurait fallu négocier. Rappelons que c'est ce que Hillary Clinton souhaitait le soir des dernières primaires, début juin.


Mais, quelques jours après, suite à des pressions très fortes de la part des dirigeants du Parti, elle changeait de discours, et se ralliait à la cause d'Obama. Que lui a-t-on dit pour la persuader de renoncer de la sorte, elle qui était prête à se battre jusqu'au bout ?
Des méthodes de voyous ont été utilisées par Howard Dean et ses lieutenants. Quel déni de démocratie !
C'est une décision arbitraire qui a été prise, sous prétexte d'éviter la division du Parti.
Résultat : jamais le Parti Démocrate n'a été si déchiré.

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FrenchNail 06/08/2008 14:03

De plus en plus, la possibilite devient une probabilite. Si le pouvoir de vote des delegations de Floride et du Michigan est entierement restaure l'ecart entre HC et OB n'est plus officiellement que de 67 delegues. Tout devient possible considerant que le vote des superdelegues se fait a bulletin secret... Mais pas si vite. OB a mis a bien les deux mois de reflexion que le DNC lui a accorde, pour manipuler un peu plus les votes des deux delegations en question. Les delegues "at large" des delegations ont ete choisis uniquement par le camp Barack, lui assurant une marge de securite. Sous cet angle, la restauration du pouvoir de vote des deux delegations est bien moins magnanime qu'elle le parait. Mais sous un autre angle, la necessite d'une telle manipulation reflette un sentiment grandissant que les jeux ne sont pas faits.