Super-délégués ; super doutes

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On dit souvent que les Etats-Unis d’Amérique ont été fondés sur une idée, un idéal. Ils existaient dans les consciences avant même de devenir une nation en tant que telle. C’est l’idéal de démocratie qui a guidé les Founding Fathers au 18ème siècle dans leur lutte contre la tyrannie : ils estimaient insupportables les pressions que le Roi d’Angleterre George III exerçait sur eux, au seul prétexte qu’ils n’étaient encore qu’une colonie. Alors ils ont décidé de se libérer de ce joug insupportable, inspirés par la philosophie des Lumières et notamment des théories de John Locke, pour qui, la révolution devient un droit quand les dirigeants se transforment en tyrans. Et cette idée de se battre pour la liberté a donné naissance à une nation : c’est pourquoi pour beaucoup de personnes à travers le monde aujourd’hui encore, les Etats-Unis sont un modèle de démocratie.

Et bien, ces dernières semaines, on peut se poser de nombreuses questions sur la bonne santé de la démocratie américaine. On avait déjà eu de sérieux doutes en 2000, lorsque George Bush avait volé la victoire au vrai vainqueur de l'élection présidentielle, Al Gore. Huit ans plus tard, c'est le Parti « Démocrate » qui donne le mauvais exemple, si bien l'on s'interroge sur sa conception du mot "démocrate". La manière dont les cadres de ce Parti ont sélectionné leur candidat à la présidence des Etats-Unis est loin d'être exemplaire, et c'est un euphémisme.
Nous avons déjà parlé à maintes reprises de la lourde responsabilité que porte le DNC dans toute cette mascarade. Désormais on s'interroge sur l'honnêteté de certains super-délégués. Rappelons que ce sont eux  qui ont pour l’instant choisi Obama comme candidat, et pas les électeurs. Or, après certaines révélations faites notamment par l'intermédiaire d'une vidéo, on commence à éprouver bien des doutes à leur sujet : se sont-ils "vendus" à Obama ?


Commençons par nous interroger sur leur motivation : qu’est –ce qui les a poussés à choisir Obama finalement, et non Hillary Clinton ? On pourrait croire qu’ils ont été guidés uniquement par le désir de faire gagner leur Parti, cela semble normal et logique. Et bien, détrompez-vous : il semblerait, comme le montre cette vidéo, que pas mal d’entre eux aient eu une préoccupation bien plus terre-à-terre : l’argent de leur réélection.
 

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Loin de nous ici la tentation d’être naïfs : nous ne découvrons pas aujourd’hui que c’est l’argent qui régit la vie politique. Cela existe depuis des années, et partout dans le monde. En France par exemple, si Sarkozy a été élu, c’est parce que son parti l’UMP a réussi à amasser un trésor de guerre considérable pour la campagne électorale, et cela a beaucoup l’aidé. Aux Etats-Unis, on voit l’importance de l’argent : Obama a en réalité pris l’avantage parce qu’il disposait davantage de fonds que sa rivale, et Hillary s’est retirée en juin, car sa dette de campagne était en train de prendre des proportions astronomiques.
Jusque-là rien de particulièrement nouveau. Mais là où les choses commencent à devenir sacrément gênantes c’est lorsqu’on voit sur ces images que certains super-délégués sont en fait allés A L’ENCONTRE de leurs électeurs, qui avaient en majorité choisi Hillary lors de la primaire organisée dans leur Etat, et même leur circonscription, parce que Obama leur a donné davantage d’argent pour leur future campagne électorale que Hillary (on constate que pour certains, cette dernière n’a rien donné du tout).

Alors qu’on nous a dit et répété que ces primaires avaient été un grand moment de démocratie, que jamais autant de gens ne s’étaient déplacés pour voter, on s’aperçoit au bout du compte, que la désignation du candidat ne s’est pas faite par les urnes mais par un vulgaire marchandage : vote pour moi, car je te donne plus qu’elle… Franchement, ça fait un peu « marchand de tapis » : est-ce de l’élection présidentielle qu’on parle ?

Obama, avec la somme considérable qu’il a à sa disposition peut donc TOUT acheter, y compris sa nomination. Et cela continue, à l’heure actuelle, au cas où certains super-délégués pourraient être tentés de ne pas voter pour lui à la Convention (dans le cas d’un « roll call vote » avec le nom de Hillary Clinton soumis à la nomination). En effet, certains super-délégués sont actuellement en campagne pour leur (ré)élection.
Fait troublant. Il leur faut maintenant passer par l'équipe Obama pour obtenir les fonds complémentaires que le DNC accorde toujours aux candidats Démocrates de tous rangs. En effet, toutes les opérations de cette branche du DNC ont été déménagées pour la première fois de son existence et sont maintenant regroupées avec l'administration de la campagne présidentielle d'Obama à Chicago.  Résultat, pour obtenir les fonds essentiels à leurs campagnes, les candidats Démocrates doivent aussi faire campagne pour Obama d'une manière active. Obama ne les caresse pas vraiment dans le sens du poil !
Tout cela montre que beaucoup de superdélégués ont eu en quelque sorte « le couteau sous la gorge «  au mois de juin, et n’ont pas eu d’autres choix que d’apporter leur soutien à Obama. Le fait que ce dernier n’ait pas obtenu le nombre de « pledged delegates » suffisant aurait dû les inciter à la prudence. Normalement, ils auraient dû dire « On va attendre la Convention ». Ils ne l’ont pas fait. On comprend maintenant pourquoi. Mais on se doute également à quel point ils doivent être en train de se mordre les doigts de ce qu’ils ont fait et plus que douter du bien-fondé de la stratégie qu'ils ont adoptée.

Car oui, Mesdames et Messieurs les super-délégués, vous vous apercevez chaque jour que vous vous êtes fourvoyés.
Il y a d’abord ces sondages… Inquiétants. Stagnation ou baisse, cela dépend. Mais en aucun cas le rebond attendu après le voyage à l’étranger. D’ailleurs, ce voyage à l’étranger, parlons-en : rien n’y a fait. Obama a eu beau se montrer aux côtés des chefs d’états et de gouvernements, les Américains ne le voient toujours pas en « Commandant en chef ». 
Obama Maintains Lead; McCain Ahead As Commander In Chief | AHN | August 8, 2008
Et sa déclaration aujourd’hui même sur la Géorgie montre qu’il n’est pas au niveau. Le contraste est frappant avec John McCain :

McCain :
“Today, news reports indicate that Russian military forces crossed an internationally-recognized border into thesovereign territory of Georgia. Russia should immediately and unconditionally cease its military operations and withdraw all forces from sovereign Georgian territory. What is most critical now is to avoid further confrontation between Russian and Georgian military forces. The consequences for Euro-Atlantic stability and security are grave.

“The government of Georgia has called for a cease-fire and for a resumption of direct talks on South Ossetia with international mediators. The U.S. should immediately convene an emergency session of the United Nations Security Council to call on Russia to reverse course. The U.S. should immediately work with the EU and the OSCE to put diplomatic pressure on Russia to reverse this perilous course it has chosen. We should immediately call a meeting of the North Atlantic Council to assess Georgia’s security and review measures NATO can take to contribute to stabilizing this very dangerous situation. Finally, the international community needs to establish a truly independent and neutral peacekeeping force in South Ossetia.”

Obama :
“I strongly condemn the outbreak of violence in Georgia, and urge an immediate end to armed conflict. Now is the time for Georgia and Russia to show restraint, and to avoid an escalation to full scale war.  Georgia’s territorial integrity must be respected. All sides should enter into direct talks on behalf of stability in Georgia, and the United States, the United Nations Security Council, and the international community should fully support a peaceful resolution to this crisis.”

On peut voir les images aux liens suivants :
-
http://video.aol.com/video-detail/obama-concerned-about-georgia/2231934281

- mccain georgia russia - Video Search Results - AOL Video

 Le candidat Teflon semble ne donc plus accrocher ! Sa tournée a l'étranger a eu des relents de rock star, pas vraiment ce que les Américains voyant avec anxiété un hiver difficile se pointer à l'horizon, attendent d'un candidat. Cela est surtout frappant sur la question de la conduite future de la guerre en Irak qui était l'un des points essentiels du programme Obama. 
Là encore, McCain est préféré et par plusieurs points de pourcentage. Et ce, alors que dans un même souffle, une écrasante majorité des Américains désapprouvent la stratégie de guerre actuellement en place et profondément associée au parti Républicain. De tels résultats mettent bien en évidence que le manque de confiance envers Obama transcende l'aversion à l'encontre du parti Républicain en ce qui concerne les questions de sécurité. La tendance sur les autres questions clés est la même.  Obama recule ou stagne mais n'avance pas.

De plus en plus, on s'interroge sur l'inconsistance de sa candidature, et on en arrive à la conclusion dérangeante que Obama, c'est le vide absolu !

Maintenant, c'est la peur du« retour de bâton » de la part des électeurs.

 

Ces derniers demandent désormais des comptes. La vidéo qui montre que les délégués ont été achetés provoque la colère de ceux qui ont pris la peine d’aller voter. Leurs noms et leurs coordonnées ont été mis à la disposition du public sur Internet, et les électeurs leur écrivent en masse pour leur demander de reconsidérer leur vote. Et ils menacent très clairement de ne pas voter pour celui ou celle qui les a trahis en novembre s’ils maintiennent  leur décision à la Convention.
Les super-délégués pourraient donc finalement soutenir Hillary s’ils ne veulent pas voir la victoire leur échapper en novembre, dans leur bataille pour le Sénat ou la Chambre des Représentants. Une primaire démocrate pour le Sénat vient d’ailleurs d’avoir lieu en Géorgie : elle n’est pas de bon augure pour Obama, car c’est le candidat qui avait voté contre Obama qui l’a emporté avec 60 % des voix contre seulement 40 % à son adversaire.
Are Georgia Voters Sending Obama A Message? : NO QUARTER

En fin de compte, on n’aimerait vraiment pas être à la place de tous ces hommes et femmes dont le nom et l’image défilent sur la vidéo. Leur position doit être intenable. Toutefois, ils peuvent encore trouver une porte de sortie pour pouvoir de nouveau se regarder dans une glace le matin : la convention n’a pas encore démarré. Ils peuvent se racheter.

Il n’est pas trop tard, car, comme on dit en langage populaire : « Il  n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. »

 

 

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