Edwards, Clinton, Obama et les MSM

Publié le

French version ; English version below
L'affaire de la liaison extra-conjugale de John Edwards révélée hier pourrait apparaître à certains d'entre nous totalement anecdotique. Pourtant, c'est bien plus qu'une anecdote.
On peut tirer au contraire de nombreuses leçons de ce scandale, qui nous apprend beaucoup sur le pouvoir des MSM (Mainstream Media, c'est à dire les grands médias) et sur la manière dont ces derniers peuvent totalement détruire ou promouvoir la carrière d'un homme politique.
Il fut un temps où on admirait la presse américaine pour sa capacité à faire du journalisme d'investigation, et notamment à enquêter et dénoncer la corruption des présidents ou des élus, révéler des abus de pouvoir (comme dans le scandale du Watergate qui a conduit à la démission du président Nixon, grâce au travail remarquable réalisé par deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein). Et bien, cette époque paraît bien révolue, tant cette même presse semble avoir oublié sa grande mission.



Elle est désormais plus intéressée par le sensationnalisme ou la promotion d'un Afro-Américain au sommet malgré l'évidente incompétence de ce dernier, car elle est uniquement motivée par la hausse de ses ventes ou son audimat.
La révélation de l'affaire John Edwards a été parfaitement orchestrée, son timing n'a rien d'un hasard. En fait, cette histoire circule sur Internet et dans les tabloïds depuis plusieurs mois. Tout le monde était donc au courant, mais il ne s'agissait encore malgré tout que d'une rumeur, ce qui signifie que Edwards pouvait s'en sortir en niant tout en bloc. A ce stade, il y avait encore bon nombre d'observateurs qui disaient que Edwards pouvait très bien se voir offrir une place de choix dans un futur gouvernement Obama si celui-ci était élu en novembre, voire même être choisi comme candidat à la vice-présidence.
Pourtant, à partir du moment où les MSM ont décidé qu'il était grand temps de lui tomber dessus, sa carrière s'est brusquement arrêtée et on peut désormais le considérer comme mort politiquement. Ce qu'il y a de curieux, c'est que cela arrive à quelques jours seulement de la Convention nationale du Parti Démocrate à Denver, et que cela permet ainsi à Obama de se débarasser d'un prétendant au ticket qui aurait pu venir ternir son aura (les électeurs auraient certainement été frappés par le contraste entre les deux hommes, l'un étant visiblement un homme politique qualifié et compétent, et l'autre malheureusement qu'un amateur). 

Notre but ici n'est sûrement pas de donner une leçon de moralité à qui que ce soit : nous ne nous permettons pas de juger sur un plan moral la manière dont Edwards s'est conduit envers sa femme qui est atteinte d'un cancer incurable, car cela ne les concerne que tous les deux. La seule remarque que nos pouvons faire c'est que John Edwards a été extrêmement hypocrite, car il a construit sa carrière autour de son image familiale : on le voyait la plupart du temps en campagne entouré de son épouse et de tous leurs enfants, et ils donnaieint tous l'image parfaite du bonheur familial et de la famille américaine modèle.


Malgré tout, on ne le blâme pas pour autant de s'être conduit en faux-jeton, car il n'avait pas le choix s'il voulait avoir une chance d'être élu. C'est ce que font tous les hommes politiques : c'est comme ça que ça marche. Ils sont obligés de communiquer une fausse image de leur vie privée pour remporter des élections. Edwards n'est pas le premier à avoir trompé sa femme, et il ne sera certainement pas dernier ! Si tous les hommes politiques qui sont infidèles devaient disparaître de la scène politique, il ne resterait pas grand monde dans le personnel masculin, aux Etats-Unis, et partout dans le monde (en France y-compris, la preuve, le premier d'entre eux, Nicolas Sarkozy est loin d'avoir une vie privée irréprochable ! Mais les Français, eux s'en moquent, ou plutôt, ils l'apprécient pour ça, ils aiment cette attitude macho). Dans l'Histoire américaine, l'exemple le plus célèbre est bien entendu celui de John Fitzgerald Kennedy qui a prétendu toute sa vie être très heureux en ménage avec Jackie, alors que dans le même temps il accumulait les maîtresses, la plus célèbre d'entre elles étant Marilyn Monroe. Mais à cette époque, les Américains n'étaient pas vraiment au courant, cela ne fut révélé réellement qu'après son assassinat).


En tout cas, en tant que Français, nous sommes toujours très étonnés quand nous voyons un homme politique venir faire sa confession en direct à la télévision, généralement sa femme à ses côtés. C'est ce qu'a fait hier John Edwards : il a fait son mea-culpa en direct sur la chaîne ABC, mais sans Elizabeth son épouse. Sa "déclaration de contrition" est édifiante, voire irréelle :
"En 2006, j'ai commis une grave erreur de jugement, et je me suis conduit de manière déloyale envers ma famille et mes convictions les plus profondes. J'ai reconnu mon erreur, j'ai dit à ma femme que j'avais eu une liaison avec une autre femme, et je lui ai demandé de me pardonner.
Bien que j'ai tout honnêtement avoué à ma famille, y compris les détails les plus pénibles, je ne l'ai pas dit publiquement. Quand un tabloid de supermarché a donné sa version des faits, j'ai profité du fait que leur histoire contenait des mensonges pour la nier. Mais être à 99 % honnête n'est plus suffisant.
J'ai eu, et j'ai encore, honte de ma conduite et de mes choix. J'avais espéré que l'histoire ne serait jamais révélée publiquement. Avec ma famille, j'ai assumé mes responsabilités en 2006, et aujourd'hui, j'assume mes responsabilités publiquement.
Mais je me suis mal conduit simplement pendant un court moment en 2006. Cela s'est ternminé ensuite. Je suis et j'ai été désireux de bien faire reconnaître le fait que je ne suis pas le père du bébé, et j'espère sincèrement qu'un test de paternité sera effectué afin que ce fait soit définitivement établi. Je sais seulement que le père présumé a dit publiquement qu'il était bien le père du bébé.

Il est inutile, je pense, de dire aux gens qui croient en moi que je suis désolé, et il est inutile de dire aux gens que j'aime que je suis désolé. Pris dans le tourbillon des campagnes électorales, j'ai pris la grosse tête et je suis devenu de plus en plus égocentrique et narcissique.
Si vous voulez m'accabler, faites-le. Vous ne pourrez pas plus m'accabler que je ne me suis accablé moi-même. Je me suis mis à nu et je vais m'employer maintenant à travailler autant que je peux pour aider ma famille et tous ceux qui ont besoin de mon aide.

J'ai dit tout ce que j'avais à diresur cette affaire au cours de cette interview, et je ne rajouterai plus rien."

Désolée de le dire, mais pour moi, c'est vraiment du cirque, pas de la politique.
Et cela m'amène à une autre conclusion à tirer de toute l'affaire : qu'est-ce que tous ces scandales de liaisons extra-conjugales récents ou passés, aux EU, au Royaume-Uni ou en France ont en commun ?
Ne cherchez pas : c'est simple ! Ils ne concernent que des HOMMES politiques, jamais des femmes. Bizarre, non ?
Et bien non, cela n'est pas étrange du tout. Je dirai même que c'est tout à fait logique. Car les femmes politiques, elles, sont bien trop occupées à travailler leurs dossiers. Elles ne sont pas intéressées par les paillettes et la gloire, le pouvoir pour le pouvoir. Et comme elles sont souvent aussi des épouses et des mères de famille, elles ont déjà assez à faire  à concilier tout ça, vie familiale, travail et carrière : elles n'ont tout simplement pas le temps de tromper leur mari !
Pas de doute : voilà une raison de plus pour voter pour elles et élire une femme président ! On verra alors la différence !


Autre enseignement à tirer de tout cela : Obama n'est vraiment pas un ami sur lequel on peut compter: il y a encore quelques mois, il vantait Edwards et le remerciait pour son soutien.


Maintenant, il fait savoir sans ambiguité qu'il ne veut plus rien avoir à faire avec toute ce désastre. Il a immédiatement déclaré que finalement, John Edwards ne prendrait pas la parole lors de la Convention, et même que la famille Edwards ne se rendrait pas à Denver :
"La famille Edwards a indiqué qu'il ne seront probablement pas présents à la convention (...) C'est un moment difficile et pénible pour eux et je pense qu'ils ont besoin de temps pour cicatriser leur blessure."
En d'autres termes, il a clairement conseillé à Edwards, son ancien ami, de se tenir à distance de lui et de quitter le monde politique !

L'ironie de l'histoire, c'est que quelqu'un doit bien rire aujourd'hui : ce quelqu'un est Bill Clinton. Lui, il prendra la parole à la Convention tandis que John Edwards n'est même pas autorisé à être présent. La revanche doit être douce pour les Clinton : John Edwards avait choisi en mai de ne pas apporter son soutien à Hillary. Il s'était rallié à Obama contre toute attente, car ses électeurs traditionnels (en majorité les classes populaires) avaient plutôt voté pourHillary lors des primaires. La sénatrice de New York aurait pourtant eu besoin de son aide à cette époque, mais lui ne fut guidé que par l'ambition. Il se voyait probablement de nouveau sur le ticket ! (rappelons qu'il l'avait déjà été en 2004 avec John Kerry)
Je suis sûre que Bill Clinton n'éprouve pas une grande compassion à son égard, lui qui sait parfaitement ce que le lynchage médiatique veut dire. Il fut la victime d'un harcèlement constant de la part des journalistes pendant les huit ans qu'il passa à la Maison-Blanche, le point le plus critique étant atteint en 1998, au moment de l'affaire Lewinsky qui fut une réelle menace sur sa présidence :


Qui lui est venu en aide à l'époque ? Personne ? Aucun membre de son parti ! Je suppose qu'il se rappelle très bien ce que Edwards avait alors déclaré. Alors qu'il était déjà harcelé par les médias, et menacé de destitution par le Congrès, Bill Clinton avait dû entendre des mots très durs de la part de son "collègue" : des mots pleins de mépris, de condamnation morale, de réprobation et d'outrage qui  ne lui ont certainement apporté aucun réconfort :
“Je pense que ce Président a fait preuve d’un manque de respect incroyable envers sa fonction, envers les dimensions morales de son leadership, envers ses amis, sa femme et sa fille adorée. J’en ai le souffle coupé, de voir le niveau atteint par ce manque de respect (…). Voici un homme qui vient d’être confronté à ce problème, qui est politique par nature. Peut-on vraiment croire que la première chose à laquelle il a pensé est « Je vais me protéger légalement » ? Je crois plutôt que la première chose à laquelle il a pensé a été : « Je vais me protéger politiquement. » Il avait peur que sa famille ne découvre la vérité. Il avait peur que son staff ne découvre la vérité. Il avait peur que la presse ne découvre la vérité. »
Pauvre John Edwards ! Peut-être bien qu’il était sincère au moment où il a prononcé ces mots…
Après tout, il avait dix ans de moins !

Finalement, c'est vraiment dommage que les MSM n'aient pas attendu un peu avant de l'"exécuter". Un ticket Obama / Edwards aurait vraiment eu fière allure. Tous les deux ensemble, nul doute qu'ils auraient été imbattables : un candidat qui n'est pas éligible à la fonction suprême (car selon la Constitution américaine, la candidature de Obama est illégale. Il n'est pas vraiment citoyen américain : nous allons expliquer pourquoi dans un tout prochain article) + un personnage immoral comme vice-président potentiel...
Mais qu'est-il donc arrivé au Parti Démocrate ?
Et qu'est-il donc arrivé au journalisme d'investigation américain ?

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article