"De nuestro lado" ?

Publié le par french puma


Version française ; version anglaise en-dessous
En 2006, le Bureau du Recensement américain estimait la population des Etats-Unis ainsi :
un peu plus de 300 millions d'habitants, dont 44,3 millions d'Hispaniques ( 14,8 % environ) et 40,9 millions d'Afro-Americains (environ 13,4 %) .

Ces chiffres confirment cette donnée évidente : le vote Latino va se révéler crucial au mois de novembre, davantage même que le vote afro-américain. Et contrairement à ce qui se passe pour les Noirs, Obama pourrait très bien avoir de gros soucis avec le vote hispanique.


Précisons tout d'abord que pendant les primaires, Hillary Clinton a gagné le vote hispanique haut-la-main, et que ceci lui a permis de remporter des victoires éclatantes dans des Etats tels que la Californie, la Floride, le Nevada, ou le Nouveau-Mexique.
De nombreuses stars d'origine hispanique l'ont soutenue, d'Eva Longoria, la "desperate housewife" :




à America Ferrara, la célèbre "Ugly Betty" :








John McCain a été prompt à réagir, comprenant immédiatement qu'il pouvait tourner à son avantage cette faiblesse de son adversaire, et gagner d'importants "swing states" (Etats susceptibles de basculer d'un côté ou de l'autre), grâce à une stratégie qui consisterait à tout faire pour séduire les électeurs latinos.

Le spot de campagne en espagnol sur l'immigration qu'il vient de sortir fait sans conteste partie de cette stratégie : il accuse clairement Obama de ne pas être l'ami des Hispaniques, contrairement à ce qu'il prétend. Il s'intitule "De nuestro lado" ("De notre côté"), mais en fait, il vise à prouver que Obama n'est pas "de su lado" (de leur côté).


L'équipe de campagne de John McCain a commencé à diffuser ce spot sur les chaînes de télévision en espagnol au Colorado, au Nevada, et au Nouveau Mexique ce week-end.

Voici le script de ce spot :
Une voix-off masculine dit : "Obama et ses alliés au Congrès disent qu'ils sont du côté des immigrants, mais ce n'est pas vrai. Plusieurs reportages parus dans la presse disent qu'ils ont tout fait pour "tuer" la réforme de l'immigration. Résultats : non au plan qui prévoyaient de régulariser les travailleurs saisonniers ; non à un parcours vers la citoyenneté ; non à des frontières plus sûres. La réforme n'est pas passée. Est-ce cela être de notre côté ?
Obama et ses amis au Congrès : prêts à empêcher la réforme de l'immigration d'être votée, mais certainement pas prêts à gouverner."

Sur l'écran, le spot montre tour à tour des scènes où l'on voit M. Obama et d'autres élus Démocrates au Sénat (Harry Reid, sénateur du Nevada et Patrick Leahy, élu du Vermont), et des spectateurs d'origine hispanique qui regardent ces images, avec à l'arrière plan un décor flou où l'on perçoit des bâtiments fédéraux, tandis que s'affichent sur l'écran des messages tels que : "De Nuestro Lado" ? (De notre côté ?")

 

 

 Alors, quel est ce projet de loi auquel John McCain fait allusion dans ce spot ?
Il s'agit d'un projet qui a échoué en 2007, et qui prévoyait de remettre totalement à plat les lois sur l'immigration, en créant notamment un programme de travailleurs saisonniers, un "parcours vers la citoyenneté" pour les travailleurs clandestins déjà sur place, et des mesures destinées à renforcer les contrôles aux frontières. Des élus des deux partis ont été accusés d'avoir présenté des amendements destinés à faire échouer le projet, sur lequel pourtant les sénateurs des deux camps avaient réussi à se mettre d'accord, après d'interminables et intenses négociations. John McCain avait lui-même participé à la rédaction de ce projet de loi.



Avant que le sort de cette réforme ne soit scellé, le président Bush, qui faisait pression pour qu'elle soit adoptée, avait critiqué principalement des membres de son propre parti opposés au projet, parce que selon eux, il s'agissait d"amnistier" les clandestins.

Barack Obama est lui aussi à l'origine de plusieurs propositions Démocrates visant à modifier le texte, qui selon certains ont conduit à son échec. Il a notamment présenté un amendement qui s'opposait à une proposition destinée à accorder des "green cards" (cartes de séjour) grâce à un système de points, qui évaluerait l'éducation et les compétences professionnelles davantage que les liens familiaux. Et il s'est allié avec d'autres sénateurs Démocrates afin de faire passer un amendement qui avait le soutien des syndicats, et qui allait largement à l'encontre de la réforme puisqu'il limitait le programme de travailleurs saisonniers, qui était pourant au coeur du projet.

C'est la raison pour laquelle beaucoup d'Hispaniques lui en veulent encore aujourd'hui.
De plus, il y d'autres facteurs qui pourraient aussi expliquer pourquoi ces derniers seront peut-être amenés à voter pour le ticket McCain / Palin lors de l'élection présidentielle. 

Le bilan de John McCain sur la question hispanique est conséquent et solide. Il s'est rendu en Amérique latine à de nombreuses reprises, et il connaît parfaitement les questions liées à cette minorité. Obama, lui, n'a jamais mis les pieds en Amérique du Sud.
McCain soutient le libre-échange avec l'Amérique du Sud, et reconnaît les bénéfices que tous les pays concernés ont pu en retirer. Obama, évidemment non. Il s'oppose aux accords commerciaux avec la Colombie et le Panama. Il a toujours refusé de soutenir l'ALENA, même s'il a semblé quelque peu revenir sur sa position au cours de la campagne, mais il n'est pas crédible sur ce point, car comme sur tout, il a passé son temps à changer d'avis. 

Il y a beaucoup de  petites entreprises dirigées par des Hispaniques, et leur nombre a cru régulièrement au cours de ces dernières années : ce sont souvent des petits commerces (98 % d'entre elles). Elles sont environ deux millions, et représentent près de 300 milliards de dollars chaque année de l'activité économique du pays. Sur le plan économique, John McCain semble plus soucieux de leur développement : il propose d'alléger les taxes pour les petites entreprises, alors que Obama lui veut augmenter les impôts de manière générale.

Et puis, bien sûr comme le dit le spot de McCain, cette hostilité manifestée par Obama à l'encontre de cette réforme a fait de gros dégâts auprès des Hispaniques : c'est pourquoi ils ont voté en majorité pour Hillary. En outre, elle leur est apparue plus proche d'eux sur les valeurs qui leur tiennent à coeur en tant que communauté : en effet, sur le plan social, Hillary Clinton est plus conservatrice, et ils lui font donc davantage confiance. 


Car,  ne connaissant pas Obama,  ne sachant pas où il se situe sur la majorité des sujets dans la mesure où il passe son temps à changer d'avis, il semble difficile pour les Hispaniques de lui confier les rênes du pays !

Tout cela explique pourquoi les Latinos préfèreront sans doute voter Républicain cette année...

 

Et pourquoi ils attendront encore quatre ans pour voir la personne qu'ils aiment le plus revenir à la Maison Blanche...

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