Crise financière : ce que propose Hillary

Publié le par french puma

French version ; English version below

Voici un
Article rédigé par Hillary Clinton, paru il y a quelques jours dans le Wall Street Journal, dans lequel elle propose ses propres solutions pour résoudre la crise financière, n'ayant pas été conviée elle-même aux négotiations que George Bush a tenues vendredi avec des parlementaires, et McCain et Obama.

Nous traduisons ici cet article, intéressant à plusieurs égards, puisqu'il montre ce que nous écrivons sur ce blog depuis des mois maintenant : de tous les candidats, c'était sans conteste Hillary Clinton qui avait la plus grande connaissance des questions économiques, et qui aurait été à même de conduire son pays vers une reprise dans les prochaines semaines...

Laissons les gens dans leur maison

Tout d'abord, il nous faut faire quelque chose pour lutter contre la crise des subprimes, qui a fait grimper en flèche les taux d'endettement et de faillites, et qui est en fait à l'origine de la crise du crédit et de la mauvaise santé de notre économie.  Deux millions de propriétaires ont une dette de remboursement de crédit immobilier qui est plus élevée que ce que vaut leur maison. Cela représente 3 mille milliards de dettes de crédit immobilier. Il y a trois millions de ces crédits qui sont à taux variable et qui doivent connaître une augmentation de ce taux dans les deux ans qui viennent. Cela signifie qu'il va y avoir une nouvelle vague de faillites personnelles et d'expulsion des petits propriétaires endettés.


C'est la raison pour laquelle j'ai proposé de nous inspirer de ce qui s'est passé en 1933, quand la HOLC (Home Owners' Loan Corporation) a été créée. Il faut créer un organisme de crédit sur ce modèle, qui serait chargé de venir en aide aux petits propriétaires endettés, et de rééchelonner le remboursement de leur crédit immobilier, avec des mensualités raisonnables, en leur permettant de rester dans leur maison. La HOLC de 1933 a permis de sauver un million de maisons ; on peut espérer en sauver trois fois plus aujourd'hui.

Il faut aussi décider d'un moratorium sur les expulsions et un gel des taux d'intérêt des crédits. Il faut en effet donner aux marchés le temps de récupérer en empêchant une nouvelle vague de faillites personnelles.

Le temps des querelles partisanes et idéologiques est derrière nous. Si l'on avait écouté les propositions que j'ai faites depuis des années, on en serait pas là. Mais à l'époque, le gouvernement refusait d'intervenir dans l'économie et de réguler les marchés pour des raisons d'idéologie. Or, on doit maintenant agir dans l'urgence et l'intervention du gouvernement est plus délicate que si l'on avait cherché à prévenir plutôt que guérir. On m'avait accusé de trop demander, et d'être trop alarmiste. Les faits m'ont donné raison.

A force d'avoir trop attendu, la crise des crédits immobiliers a érodé les marchés, en perturbant les mécanismes qui permettaient aux entreprises de Wall Street de fonctionner. Cela ressemble à un chateau de cartes qui s'effondre. Si l'on ne fait rien par rapport à la crise à laquelle doivent faire face les emprunteurs, ce seront les prêteurs qui seront irrémédiablement touchés. L'un ne va pas sans l'autre. Donc, si lon décide de régler la dette des géants de Wall Street, il nous faut aussi venir en aide aux familles de la classe moyenne qui luttent pour s'en sortir. 

Si la proposition du Secrétaire d'Etat au Trésor Paulson est maintenue en l'état, cela signifie que le gouvernement va assumer un risque financier en devenant le principal actionnaire d'entreprises que les contribuables eux-mêmes vont sauver grâce à l'argent de leurs impôts.

Donc, ce sont les Américains eux-mêmes qui encourent un risque : ils doivent donc en tirer un bénéfice. Les actions et les obligations qu'ils vont ainsi acheter doivent être évaluées très précisément, et en temps voulu, et doivent faire l'objet d'un contrôle très strict pour éviter les abus.

Troisièmement, on demande aux contribuables d'assumer un risque financier sans contrepartie. On ne peut pas laisser les contribuables américains supporter une si lourde charge afin que Wall Street et l'adminsistration Bush puissent appuyer sur le bouton "remise à zéro"  . Cette intervention historique demande un changement radical et historique lui aussi dans les priorités : il faut en finir avec tout ce qui nous a conduits dans le mur : la culture de Wall Street et les politiques économiques menées par Washington depuis des années.

Les entreprises qui bénéficieront de ce plan devront être redevables, non seulement aux gros actionnaires, mais à tous les Américains, qui  en ont assez à juste titre du monde des affaires et de la finance tel qu'il est actuellement : des profits à court terme aux dépens d'une rentabilité à long terme ; un manque de prévoyance et de régulation ; des profits obscènes et des parachutes dorés quel que soient les résultats de l'entreprise ; une prise de risque constante qui met sans cesse les marchés en péril ; des récompenses pour avoir vendu à des familles des crédits et des prêts immobiliers en sachant très bien qu'elles ne pourraient pas les rembourser ; et une réduction des emplois de qualités afin de servir les intérêts de la Bourse plutôt que la bonne santé de l'économie américaine.  

L'Amérique fait face à un moment crucial : soit, elle sombre ; soit, elle surnage. On ne peut se contenter de retenir son souffle. Il faut nager jusqu'au rivage. Il faut fixer les conditions qui vont permettre à Wall Street de faire face à cette tempête. Ou bien nous allons aller de crise en crise. Il nous faut tous maintenant avoir une vision à long terme.


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