Le retour de la "hockey mom"

Publié le par french puma


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Ce matin, aussi dur que cela puisse être, les grands médias sont forcés de reconnaître que Sarah Palin s'est plutôt bien débrouillée hier soir, lors du débat télévisé opposant les deux candidats à la vice-présidence dans le Missouri.



Tout le monde avait prédit que ses limites apparaîtraient clairement pendant cette confrontation, et au bout du compte, elle s'est révélée être très bonne débatrice. Les sondages effectués par CNN ont montré que 84 % des personnes interrogées pensaient qu'elle s'était mieux débrouillée que prévu.

En fait, elle est vraiment apparue comme "en dehors du monde de Washington", comme elle s'est plue elle-même à se définir depuis que McCain l'a choisie comme colistière.


Dès le départ, elle a clairement affiché ses intentions, accueillant son rival Démocrate ainsi : "Salut, heureuse de vous rencontrer, puis-je vous appeler Joe ?"
Toute de noir vêtue, Madame Palin a continué sur le même ton enjoué : "Il se peut que mes réponses aux questions ne vous plaisent pas, ni à vous, ni à l'arbitre de ce débat."
Rappelons à nos lecteurs, à ce sujet, que la journaliste chargée d'animer le débat, Gwen Ifill, est une pro-Obama, comme nous l'avons expliqué hier, ce qui est d'ailleurs plutôt surprenant, les journalistes qui arbitrent étant supposés rester neutres !

La journaliste de PBS qui arbitre le Débat,  Gwen Ifill,  arrive avant le début du débat, avec des béquilles à l'Université Washington de Saint-Louis dans le Missouri, victime d'un accident domestique !


Le plus souvent, Sarah Palin n'a même pas essayé. Au lieu de cela, elle s'est sortie de questions difficiles en racontant des anecdotes de la vie de tous les jours, afin d'apparaître très proches des préoccupations des électeurs. Ainsi, sur l'économie, elle a répondu à un moment :
"Allez donc faire un tour à un match de foot disputé par vos enfants un samedi. Adressez-vous alors à n'importe quel parent parmi les spectateurs, et demandez lui : "Quel est votre sentiment sur l'économie ?" Et je parie que vous allez entendre de la peur dans sa voix quand il vous répondra."


Les réponses de Palin ont été souvent faites sur le ton de la discussion informelle, des formules et des phrases très concrètes. Elle est souvent apparue comme une personne très pragmatique, une maman qui se préoccupe avant tout de l'avenir de ses enfants.
Les performances télévisées de la gouverneure de l'Alaska ont pourtant été ridiculisées ces dernières semaines. Ce qui ne l'a pas empêchée de continuer à adopter un style direct et familier, puisqu'elle a lancé un salut à tous les enfants de l'école primaire dans laquelle son frère enseigne, et elle a rappelé que dans sa famille, non seulement son frère, mais aussi sa grand-mère, et son père présent ce soir, étaient tous professeurs.

Ses phrases ont été aussi ponctuées du lexique de la Frontière américaine. "Mais, bon sang, ce sont les prêteurs qui sont les prédateurs" a-t-elle affirmé en réponse à la question qu'on lui posait de savoir qui était responsable de la crise actuelle. "Prenons un engagement auprès des Américains ce soir, je pense que nous devons nous réunir et promettre que cela n'arrive plus jamais."  







Mais Sarah Palin s'est aussi déclarée prête à affronter les critiques :
"Cela fait combien de temps que je suis dans la course, vous pouvez me le dire ? A peu près cinq semaines", a-t-elle dit en parlant de la crise économique. "Donc je n'ai pas eu le temps de faire beaucoup de promesses, sauf de celle faire ce qui est le mieux pour les Américains, c'est à dire de remettre le gouvernement de leur côté, d'arrêter la corruption et l'obsession du profit à Wall Street."



Mr Biden, qui en est à son sixième mandat de sénateur, et qui est un débateur expérimenté, a passé 34 ans de plus que son adversaire sur la scène nationale. On peut pourtant reconnaître qu'il s'est efforcé de ne pas apparaître condescendant ou agressif. Quand il a lancé des attaques, elles étaient plutôt adressées à John McCain qu'à sa colistière, ce qui montre qu'il a su faire preuve d'élégance. Mais on sait qu'il était un peu obligé car les attaques trop virulentes contre les femmes sont souvent mal perçues !
“ Jusqu'à il y a environ deux semaines, John McCain disait à neuf heures du matin que l'économie du pays était en bonne santé. Deux semaines avant, il disait que nous avions fait des progrès sur le plan économique grâce à la politique de George Bush. Mais à onze heures du matin, ce même jour, lundi il y deux semaines, il a déclaré que nous traversions une crise économique. Cela ne veut pas dire que John McCain n'est pas quelqu'un de bien, cela montre simplement qu'il est déconnecté des réalités."  





Joe Biden s'est aussi souvent retranché derrière ses votes au Sénat pour expliquer ses positions sur les différents sujets.

"J'ai pratiquement autant d'amis côté Républicain que côté Démocrate"a-t-il affirmé, pour souligner sa manière non partisane de faire de la politique.

 Mais Sarah Palin a exploité malicieusement ces références à son bilan au sénat en insistant sur la nécessité du changement, et en donnant l'impression que le choix de Biden comme vice-président était en contradiction avec le slogan de changement martelé par Obama.
Finalement, et paradoxalement, c'est elle qui a donné cette impression de renouveau pendant le débat :
"J'ai un profond respect pour votre action au Sénat des Etats-Unis, mais je pense que les Américains meurent d'envie d'autre chose de nouveau et de différent."



Un peu plus tard, sur l'Irak, Sarah Palin a accusé Joe Biden d'"agiter le drapeau blanc de la rédition" et elle a ajouté : "Je suis tellement étrangère au monde de Washington que je ne vous comprends pas, vous et les gens comme vous. Vous votez pour la guerre, puis maintenant vous êtes contre. Les Américains en ont assez de ce double langage."

Pourtant, elle a reconnu qu'il y avait eu "des erreurs importantes commises sur la guerre au sein de cette administration." Mais selon elle, Joe Biden et Barack Obama ont passé trop de temps à regarder en arrière et à "pointer du doigt" alors qu'une administration McCain "irait de l'avant et trouverait une solution."

Sur le changement climatique sur lequel Madame Palin avait auparavant évoquer son doute que les émissions de gaz à effet de serre en étaient responsables, elle a cette fois affirmé : "Je ne veux pas polémiquer sur les causes, car nous savons que cela existe, mais je ne fais pas partie de ceux qui attribuent chaque changement qui intervient sur notre planète à l'activité de l'homme. Je veux parler plutôt de ce que nous pouvons faire pour tenter de limiter les effets négatifs de ce changement climatique."
Biden lui a rétorqué :
"Je pense que l'homme est le responsable principal. Et si vous n'identifiez pas clairement la cause, vous ne pourrez pas trouver la bonne solution." 


Bien que tout le monde ait affirmé qu'elle avait peu de connaissances sur l'environnement, les réponses de Sarah Palin sur ce sujet ont été bonnes. Et c'est au contraire Biden et Obama qui feraient mieux de travailler un peu la question, tant le programme de Obama semble vague, pour ne pas dire inexistant dans ce domaine. Mais a-t-il même réfléchi à la question ?

 Car tandis que Bill Clinton tenait sa grande réunion la semaine dernière à New York, sa Clinton Global Initiative annuelle, Obama n'a même pas pris la peine de s'y rendre, contrairement à John McCain qui lui a prononcé un discours remarqué. Mais l'environnement et le réchauffement climatique sont-ils une priorité pour le candidat Démocrate ? J'en doute !
En tout cas, il pourrait prendre conseil auprès de l'ancien président, au cas où lui-même accéderait à la Maison-Blanche, sinon le reste du monde a du souci à se faire !


Sur l'économie, Madame Palin a aussi tenté de démontrer que son adversaire voulait réétablir la "lutte des classes" en étant pour la redistribution des richesses, mais surtout pour la hausse des impôts. Joe Biden a en effet déclaré récemment dans une interview que "les hausses d'impôts pour les plus riches sont patriotiques".
"Ma famille fait partie de la classe moyenne, et je peux vous assurer que ce n'est vraiment pas patriotique" a rappelé Sarah Palin. Elle a aussi ajouté que les familles avaient le droit de "grandir et de prospérer".


La réponse de Joe Biden a été assez cinglante : pour lui, en Pennsylvanie, à Scranton, et à Wilmington dans le Delaware, "nous appelons cela de la justice sociale, et non de la redistribution."




Et il a eu un autre moment assez émouvant, lorsqu'il a évoqué la mort de sa femme et de sa fille dans un accident de voiture en 1972, et raconté comment il avait dû après élever ses deux fils tout seul.

 




Au final, les commentateurs disent que la confrontation n'a pas modifié fondamentalement les avis des électeurs. Mais cela va prendre un jour ou deux pour connaître exactement l'impact que ce débat aura sur l'élection.

En tout cas, même si nous sommes effectivement d'accord pour dire que ce débat n'aura pas fondamentalement changé la donne, nous pouvons d'ores et déjà affirmé qu'il y a au moins quelque chose qui a changé ce matin : c'est la perception que les médias ont de Sarah Palin, et le vocabulaire qu'ils utilisent pour parler d'elle. Il faut maintenant qu'ils cessent leurs attaques stupides, injustifiées et sexistes contre la "hockey mom" qui a montré qu'elle était tout à fait compétente, et qu'elle avait beaucoup de charisme.

 

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